Récit de Jonathan Mesini, ancien entraîneur du YCT
La première fois que je l’ai eu dans mon groupe, il avait 7 ans.
C’était en Miniwish, sur la rade de Toulon. Un enfant déjà solide, les yeux brillants, engagé aussi dans le rugby.
Ce qui m’avait frappé dès le début : il ne lâchait rien.
Au fil des années, la planche à voile est devenue une véritable passion.
Puis le windfoil, jusqu’à la compétition.
Lorsque l’équipe compétition windfoil du Yacht Club de Toulon a été créée, Constantin était encore trop jeune pour l’intégrer. Nous avons donc continué à travailler ensemble, pour lui permettre d’y accéder.
À son entrée dans le groupe, sa progression a été rapide. Très rapide.
Mais comme souvent à ce niveau, son gabarit a été un facteur limitant pendant un temps.
Performant dans le vent fort, il se retrouvait en difficulté dans le petit temps face à des concurrents plus légers.
Une étape exigeante dans son parcours.
Il a su tenir.
Je me souviens d’une session à Fréjus, en stage régional.
Conditions musclées.
Beaucoup de vent.
De la houle.
J’avais mis en place un entraînement technique sur la vitesse max, puis enchaîné sur du volume pur.
Plus de 3 heures.
Je voulais trouver ses limites. Avec lui, je n’y étais jamais arrivé.
Ce jour-là, je l’ai poussé encore et encore.
« Allez Const, accélère, lâche pas. »
Et d’un coup, en plein run de vitesse : grosse chute.
Il est remonté sur son flotteur. Énervé. L’air fermé. On a continué.
Nouvelle chute.
Il implose en plein vol.
Il crie.
Il a les yeux rouges.
« OK. C’est bon. On rentre. »
À terre, on a débriefé. Longuement. Intensément.
Ce jour-là, je lui ai dit quelque chose que je pensais depuis longtemps : il avait l’étoffe d’un futur champion. Pas une promesse. Une conviction.
Constantin, lui, résume ce qui l’animait à cette époque en quelques mots simples :
« Le dépassement de soi. Le fait d’aller au bout de ses convictions. Cette recherche permanente de progression. C’est quelque chose qui ne me lâche plus depuis. »
Il a quitté le club pour intégrer le Pôle Espoir de Marseille. Puis en septembre 2025, le Pôle France olympique.
Et pendant ces dernières vacances de Pâques, il termine 40e au général et 10e Français lors de la Semaine Olympique Française à Hyères. Sa deuxième compétition internationale sénior. Face aux meilleurs mondiaux.
Aujourd’hui son ambition est claire :
« Je suis déterminé à tout donner pour aller le plus loin possible. Et pourquoi pas une médaille… »
Il dit ça avec un sourire.Avec toute l’humilité de quelqu’un qui sait exactement l’ampleur de ce que ça représente.
Le gamin de 7 ans qui ne lâchait rien est devenu cet homme.

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Retour sur son interview
Pour aller plus loin, Constantin nous a accordé quelques minutes pour raconter son parcours.
Tu peux te présenter et nous parler de ta discipline ?
Je m’appelle Constantin, j’ai 18 ans, bientôt 19, et je suis sportif de haut niveau au Pôle France Marseille en planche à voile à foil, en iQFoil. C’est un nouveau sport olympique qui a fait son apparition aux Jeux de Paris 2024.
Comment est-ce que tout a commencé pour toi au YCT ?
J’ai commencé l’optimist à l’âge de 6 ans au Yacht Club de Toulon, où j’ai pratiqué pendant trois ans. Ensuite, je suis directement passé à la planche à voile, avec les entraînements du mercredi matin, puis aussi du samedi. J’ai tout de suite adoré.
Et le foil, comment tu y es venu ?
John m’a proposé d’intégrer le groupe foil lorsque j’étais en quatrième. Ma grande sœur y était déjà, donc je n’ai pas hésité. Je ne connaissais pas du tout cette discipline, mais voir les autres en faire m’a immédiatement donné envie. J’ai rejoint ce groupe, commencé comme débutant, puis dès la deuxième année, j’ai participé à mes premières compétitions.
Qu’est-ce qui t’a accroché dans la compétition ?
J’ai découvert un monde que je ne connaissais pas du tout. Ce qui m’a immédiatement plu, c’est le dépassement de soi. Le fait d’aller au bout de ses convictions. Cette recherche permanente de progression. C’est quelque chose qui ne me lâche plus depuis.
Comment s’est passé le passage au Pôle Espoir ?
L’entraîneur du Pôle Espoir de Marseille, Xavier Mariani, m’a repéré lors d’une compétition à Toulon et m’a proposé de postuler. Au départ, je n’y avais pas vraiment pensé, j’étais déjà engagé dans un autre cursus scolaire. Mais je me suis dit que je n’avais rien à perdre. J’ai postulé. J’ai été accepté. Et j’ai choisi de partir à Marseille en sport-études.
Trois ans au Pôle Espoir. Qu’est-ce que ça t’a apporté ?
Trois années incroyables. J’ai été constamment confronté à la compétition de haut niveau. J’ai voyagé, découvert les compétitions internationales. Et j’ai compris ce que je voulais vraiment dire performer à ce niveau.
Et aujourd’hui, comment tu organises ta vie entre le sport et les études ?
Après le Pôle Espoir, je voulais continuer à haut niveau tout en poursuivant mes études. J’ai intégré une prépa mathématiques, une MPSI adaptée aux sportifs de haut niveau, sur trois ans. J’ai cours le matin. Mes après-midis sont libérés pour m’entraîner. Tous mes cours sont enregistrés, ce qui me permet de m’adapter selon mes compétitions.
Tes résultats récents, c’est quoi ?
J’ai terminé 13e au Championnat d’Europe Jeune, ma dernière compétition en catégorie jeune. Ensuite, ma première grande compétition senior à Palma, une étape importante pour observer et comprendre ce niveau. Au Championnat du Monde U23, j’ai réalisé une belle performance avec une qualification directe en Gold Fleet. Et lors de la dernière Semaine Olympique Française à Hyères, pendant ces dernières vacances de Pâques, je termine 40e au général et 10e Français. Des résultats encourageants, même si quelques frustrations techniques restent à régler.
Sur quoi tu travailles en ce moment pour progresser ?
Trois axes principaux : la progression physique, l’adaptation au gabarit senior, et le perfectionnement technique. Il y a encore énormément de travail. Mais je sais exactement où je veux aller.
Et si on te parle du Graal, des Jeux Olympiques ?
(Un sourire.)
C’est l’objectif ultime, comme pour beaucoup de sportifs de haut niveau. Je sais qu’il reste énormément d’étapes à franchir. Mais je suis déterminé à tout donner pour aller le plus loin possible. Et pourquoi pas une médaille… mais je dis ça avec beaucoup d’humilité face à l’ampleur de ce que ça représente.
Un souvenir marquant de tes années au YCT ?
Une régate à Embrun avec une super équipe. C’était l’une de nos dernières grandes régates ensemble. Une ambiance exceptionnelle, des stages, des randonnées, des activités de groupe, de la navigation. Une expérience inoubliable. On avait une superbe équipe avec Alex, Martin et les filles.
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