Du 14 au 17 octobre, le club du lac de Sanguinet accueillait le National Class A. Sur les 37 inscrits, trois coureurs représentaient le Yacht Club de Toulon : Bernard Salarino, Daniel Moyse et Denis Brendel. Trois compétiteurs, trois expériences de navigateur, et un seul objectif : rentrer dans le top 10.

Ils ont fait mieux que ça.


Le Classe A : un bateau pour aller vite, seul à bord.

Le catamaran Class A est une bête de course. 5,49 mètres de long, 2,30 mètres de large, une voile de près de 14 m². Et surtout : un bateau solitaire.

Pas d’équipier pour compenser une erreur de trajectoire. Pas de coéquipier pour gérer la voile pendant une rafale. Tout repose sur un seul homme, ses réflexes et ses choix tactiques.

À pleine allure, le bateau atteint 12 nœuds au près et monte à 20 nœuds au portant. Ce sont des sensations que Bernard pratique depuis plusieurs années, lui qui a mis les pieds sur un corsaire en bois à l’âge de 5 ans, aux côtés de son père.

Depuis, il a tout essayé : monocoques, catamarans Formule 18, F28. Jusqu’au jour où le Class A a tout changé.


Un trio de retraités actifs qui performent au niveau national

Bernard a 66 ans. Daniel Moyse aussi. Denis Brendel, président de l’Association Française des Class A (AFCCA), en a 75. Tous les trois sont licenciés au YCT. Tous les trois ont passé l’été à se préparer : Championnat du monde à Toulon, puis en Italie à Punta Ala, Championnat d’Europe à Murcia en Espagne.

Autant dire qu’ils n’arrivaient pas à Sanguinet par hasard.

L’objectif était clair avant le départ : viser le top 10, face à un plateau relevé. Le champion de France en titre, Emmanuel Le Chapelier, multiple champion de France en F-16 et en Viper, a dominé la flotte. Les concurrents directement placés devant eux au classement venaient eux aussi des grandes compétitions internationales.

Résultat final : Bernard Salarino 4ème Français. Daniel Moyse 5ème. L’objectif était atteint. Et même dépassé. Denis Brendel du haut de ses 75 ans ne démérite pas, bravo à lui d’être encore sur l’eau.


La manche qui a failli tout changer

Sur ces quatre jours de compétition, Bernard s’est montré d’une régularité remarquable. Sa meilleure manche : une 4ème place. Une constance qui lui permettait, à l’avant-dernière journée, d’envisager quelque chose de plus grand.

Puis le vent est monté.

Les deux dernières manches se sont disputées dans des conditions musclées. Beaucoup de vent. Trop pour certains. Il ne restait qu’une quinzaine de bateaux en course, et Bernard n’avait besoin que d’une 13ème place pour monter sur la deuxième marche du podium.

Il a choisi de ne pas prendre le départ.

Une décision lucide, prise sans amertume. Il y a une forme de sagesse rare dans ce choix : renoncer à un podium pour ne pas forcer son corps. Bernard le sait mieux que personne, en voile comme ailleurs, les meilleurs savent aussi quand ne pas partir. Il repars avec une motivation supplémentaire pour la saison prochaine : s’entraîner davantage, revenir plus fort, et cette fois viser le podium.


L’ambiance Classe A : une compétition entre gentlemen

Ce qui distingue les régates de Class A, Bernard en parle avec un plaisir évident. Sur les lignes de départ, peu de réclamations. Beaucoup de courtoisie. Un âge moyen élevé, une expérience collective qui transforme la compétition en quelque chose de rare.

Les soirées réunissent tous les concurrents autour d’un repas. Les matins commencent par un café partagé. La stratégie, la préparation, les conditions du lendemain : tout se discute entre adversaires qui se respectent.

Au YCT, les trois régatiers ont un avantage supplémentaire : un emplacement dédié aux Class A, à l’abri du vent. Et la liberté, en tant que retraités, de sortir quand les conditions sont idéales.


La prochaine étape

Bernard a déjà la tête à 2027. L’objectif est posé, précis, sans détour : le podium. Il s’y prépare.

Pour les licenciés du club qui regardent ces résultats de loin et hésitent à se lancer en compétition, le message est simple. Le Class A ne pardonne pas les approximations. Mais il offre en échange quelque chose que peu de bateaux peuvent promettre : la vitesse, la précision, et une communauté de navigateurs qui naviguent pour le plaisir autant que pour la performance.

À l’anse Tabarly, les places pour les Class A ne sont pas vides longtemps.

Résultats