Portrait d’Erwan Jauffroy, “SUP foiliste” et membre du Yacht Club de Toulon.

La Manche.
La zone de plus fort trafic maritime au monde. Des courants parmi les plus puissants d’Europe. Des températures froides. Des marées qui compliquent chaque décision de navigation.
Et un homme debout sur une planche, propulsé uniquement par l’énergie des vagues.
Deux premières mondiales en deux ans.
Erwan Jauffroy est membre du Yacht Club de Toulon. Et son histoire commence bien avant les traversées.
Finistère Sud. Le début de tout.
Tout commence pendant les vacances à Carnac. Erwan regarde les planches à voile naviguer depuis la plage. Il est adolescent. Quelque chose le fascine. Il convainc ses parents de l’inscrire à un stage.
D’abord l’optimist. Puis la planche à voile. Et à partir de ce moment-là, la passion ne le quitte plus.
Lycée sport-études à Brest puis le Pôle France.
Il devient Champion de France de windsurf en 2004.
Puis Rédacteur en chef de Wind Magazine, Kiteboarder Magazine, SUP Magazine, Wingsurf Magazine.
Deux vies en une. Deux écoles qui, sans qu’il le sache encore, allaient le préparer à quelque chose d’autre.
Novembre 2022. Hawaï : le déclic.
Erwan est à Hawaï pour un projet de contenu avec la marque KT. L’équipe lui parle du SUP foil qui se développe. Il n’est pas enthousiaste. Il pense que c’est extrêmement difficile. Il a d’autres projets en tête.
Ils insistent. Il essaie.
Il se dit : « Ok, c’est ça que je veux réussir. »
C’est un véritable déclic.
L’idée folle qui naît en lui.
De chez lui à Toulon, Erwan voit chaque matin les ferries arriver de Corse. Chaque soir, ils repartent.
L’idée paraît folle. C’est exactement ce qui la rend fascinante.
Il va voir Pierre Pardigon au Yacht Club de Toulon. Il lui parle de ce projet. Une première mondiale en SUP foil. Sans voile et sans moteur.
Un an de préparation.
La préparation dure pratiquement un an. Elle est intense.
Entraînement physique et technique. Travail administratif, logistique, sécurité. Développement et adaptation du matériel. Recherche de partenaires et de sponsors.
Sur l’eau : des parcours de 80, 100 kilomètres ou davantage. Beaucoup de répétitions. Une exploration progressive de ce qui est réellement possible.
12 juin 2024. Toulon — Calvi. 246,8 kilomètres.

Sur l’eau, le temps devient une épreuve en soi.
Les jambes deviennent douloureuses. Les crampes apparaissent. On continue.
Presque aucun repère visuel. La terre disparaît derrière. La côte de l’autre côté n’apparaît pas encore. Les heures paraîssent interminables.

12 heures et 19 minutes après le départ, la lumière du soir sur la pointe de la Revellata, et la citadelle de Calvi qui apparaît progressivement.
12 juillet 2026. La Manche. Un cran au-dessus.
Après la Corse, Erwan veut aller encore un peu plus loin. Pas forcément en distance, mais dans la difficulté. Il aime raconter des histoires à sa façon.
La Manche. La zone de plus fort trafic maritime au monde. Des courants extrêmement puissants. Des températures plus basses. Les marées qui s’ajoutent à tout le reste.
Pour Erwan, la peur produit de l’éveil. Et de la préparation.
Avec son équipe ils attendent la bonne fenêtre météo pendant près d’un mois et demi. Chaque jour : observer les prévisions, se demander si c’est le bon moment.
Le départ est donné depuis le phare de Beachy Head, devant les falaises blanches d’Angleterre. 7 heures et 30 minutes sans voir la côte. Des cargos qui croisent à 20 nœuds. L’immensité de la mer.
Puis la rade de Cherbourg.

Ce que tout ça veut dire.
Ces traversées, Erwan les décrit comme plusieurs choses à la fois.
Du sport. De l’aventure. Des histoires à raconter.
Mais aussi quelque chose de plus grand.
Le YCT, au cœur de l’aventure.
C’est le club qui a dit oui à un projet sans voile. Qui a accompagné deux premières mondiales. Qui a cru, avant tout le monde, que c’était possible.
